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Les Ames du purgatoire : extraits |
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« Que c’est dur d’apprendre qu’on est trépassé, qu’une page est définitivement tournée, qu’aucun retour en arrière n’est possible et qu’on parle de vous désormais au passé ! On ne peut qu’hurler son désespoir et crier à l’injustice, même si l’on est conscient d’être un atome insignifiant à côté des milliers d’innocents happés par la mort, à chaque seconde. Pourquoi les Sans Domicile Fixe seraient-ils les seuls à mourir de froid, les enfants d’Afrique subsaharienne à mourir de faim, les habitants de l’Asie du Sud-ouest à se faire engloutir par les tsunamis, les soldats à tomber sous les balles des guerres absurdes, les otages innocents à périr sous les coups du terrorisme aveugle ? Conscient de ne pas mériter plus qu’un autre de survivre, je n’en étais pas moins attaché à la vie. Tout de même, reconnaissons qu’il est malheureux de finir son existence en pleine force de l’âge, le corps bouillonnant de vitalité, ses comptes bancaires bien approvisionnés ! Ainsi, je me serais tué dans un accident de voiture ! Je dis bien « me serais tué », ce qui sous-entend que j’admets ma part de responsabilité dans ce gâchis, l’autre part étant imputable au hasard, au destin ou à la malchance, comme on voudra. Comme fin, il y a mieux… et il y a pire. Certes, mon métier qui m’obligeait à rouler en longueur de journée et les statistiques attestant que cinq mille Français succombent chaque année dans des accidents de la route auraient dû me préparer à être une victime potentielle du trafic routier. La route est une jungle où s’affrontent en permanence toutes les composantes de la société. Il n’y a pas de lieu comparable – sauf peut-être le cimetière – où voisinent toutes les catégories d’individus : le prudent et l’inconscient, le sobre et l’ivrogne, le sage et le voyou, l’innocent et le criminel, l’équilibré et le psychopathe, l’honnête homme et le salaud. Il n’existe pas un autre lieu au monde où la vie d’un paisible citoyen est autant à la merci d’un irresponsable : ivrogne, drogué, paranoïaque ne supportant pas d’être dominé par un autre conducteur, déficient cardio-vasculaire menacé par une crise, vieillard subitement frappé d’incapacité, incorrigible amateur de grande vitesse (vous en connaissez au moins un, qui commence à vous être familier)… Bref, la route est une arène où l’usager – qu’il soit piéton, cycliste, cyclomotoriste ou passager d’un véhicule – risque sa vie à tout moment. Tout cela, j’aurais dû le savoir. »
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Vient de paraître |